Sons d'une ville 4. (fin)

A l’heure où celui qui, dérangé dans son sommeil par le bruit d’une voiture dehors, se rend compte qu’il ne se rendormira pas sans s’être soulagé ;

A l’heure où la plupart des gens ne déploient plus l’activité qui les nourrit, sauf peut-être Jessica qui vient de terminer un client basané alors que Luis rentre chez lui à pieds et qu’elle l’accoste dans l’allée du parc. Lui ne dit pas non, demande du feu et dit qu’il vient de laisser son amie endormie chez ses parents à elle et qu’ils ont baisé toute la soirée. Il lui demande quand même le prix. Il plaisante, à boire, une coupe, une passe, un rail, un joint. Elle dit que s’ils couchent, pour lui ce sera cent. Il répond que si c’était la moitié, il ne dirait pas non. Il n’aime pas marchander. Il le dit. Ils s’entendent à soixante. Ils vont dans sa chambre à elle. Il assure que c’est la première fois qu’il paie. Il veut l’embrasser. Il saisit ses seins, elle commence de le déshabiller, elle s’émeut de voir son corps élancé et sa queue si d…

Sons d'une ville diluée 2.







A l’heure où les terrasses sont vides et les chaises appuyées sur les tables, alors que l’une d’elles bascule à terre à la suite d’un coup de vent plus fort ;

A l’heure où Christelle gémit ;

A l’heure où l’on perçoit le battement lent des ailes d’un dragon immense qui déplace l’air au-dessus des raffineries de pétrole plus à l’est, puis soudain surgit par-delà une cheminée crachant le feu en permanence, et ce monstre ailé par un retour de flammes jette une inégale lueur sur les terres au-dessous de lui ;

A l’heure où le ciel engoncé dans un manteau de nuages laisse entrevoir le faible rayonnement de la lune ;

A l’heure où Fanny jouit longuement au-delà des spasmes de son amant neuf ;

A l’heure où les nuages défilent autour de la butte morne qui domine la ville ;

A l’heure où Julien rentre seul d’une soirée d’étudiants, réfléchissant à ce qu’il a dit, à ce qu’il n’a pas dit, à ce qu’il aurait du dire et songeant à dormir au creux de sa couche moelleuse ;

A l’heure où l’on ne croit plus à rien ;

A l’heure où le vent semble jouer avec un papier blanc qui se débat en lutte avec les losanges d’un grillage ;


A cette heure chaotique où Angie croise son violeur qui d’abord ne l’a pas remarquée, puis se retournant le temps d’un haussement d’épaules, l’aperçoit. Alors le type au regard perdu reluque ses jeans moulants, et, en un rien de temps, sombre dans les pensées morbides d’un soir sans âme, songe à toutes celles désirées dont il a du se résigner à laisser intacte la beauté exquise. Il a senti en lui la pulsion d’un désir irraisonné, s’est laissé submerger par le cyclone de la revanche, est revenu en courant sur ses pas, a saisi la fille brutalement, sans entendre ses cris l’a plaquée sur le trottoir en tentant de la déshabiller, de baisser juste après son pantalon ; et elle de crier « Un préservatif au moins ! Non, non, je t’en supplie ! » Et lui qui n’entend rien, qui fonce dans la chair. Elle, la douleur au ventre, répète « Non ! Non ». La chaleur du corps qu’il ne connaît pas le surprend. Il n’a pas le temps de saisir. Elle hurle « Au secours ! » tout en le repoussant. Dans un sursaut ultime, il, en elle ; expire son sexe. Dans les secondes qui ont suivi le désaccord des chairs, il s’est brisé. La lumière d’un appartement gagne l’extérieur. Une fenêtre s’ouvre. A son tour, il sent l’angoisse. Durant un court instant, un sentiment poisseux les réunit. Et dire qu’il n’y a pas eu d’échange, et dire que cela s’est passé. Angie sanglote. Il dit «Ta gueule !» et part en courant. La fuite commence et dans sa tête ne finira pas avant l’heure dernière;








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