Sons d'une ville 4. (fin)

A l’heure où celui qui, dérangé dans son sommeil par le bruit d’une voiture dehors, se rend compte qu’il ne se rendormira pas sans s’être soulagé ;

A l’heure où la plupart des gens ne déploient plus l’activité qui les nourrit, sauf peut-être Jessica qui vient de terminer un client basané alors que Luis rentre chez lui à pieds et qu’elle l’accoste dans l’allée du parc. Lui ne dit pas non, demande du feu et dit qu’il vient de laisser son amie endormie chez ses parents à elle et qu’ils ont baisé toute la soirée. Il lui demande quand même le prix. Il plaisante, à boire, une coupe, une passe, un rail, un joint. Elle dit que s’ils couchent, pour lui ce sera cent. Il répond que si c’était la moitié, il ne dirait pas non. Il n’aime pas marchander. Il le dit. Ils s’entendent à soixante. Ils vont dans sa chambre à elle. Il assure que c’est la première fois qu’il paie. Il veut l’embrasser. Il saisit ses seins, elle commence de le déshabiller, elle s’émeut de voir son corps élancé et sa queue si d…

Sons d'une ville diluée 1.







A l’heure où les moustiques se lancent à l’assaut des corps, où le sommeil n’est plus en profondeur alors que la chair se réveille, se plaint de leurs détestables agressions ; où l’on entend par intermittence l’appel affamé de ces femelles zélées, où les sens nous gagnent du fait de brûlures insidieuses ;

Ce n’est ni l’été, ni l’hiver ;

A l’heure où les câbles claquent sur les mats qui semblent osciller droits dans l'ordonnancement des ports de plaisance juste à côté ; et que chante le souffle de l'air au milieu des sons aigrelets ;

A l’heure où la mer ne remue plus que du bout des lèvres malgré le vent ;

A l’heure où cette place de terrain vague semble comme abandonnée, occupée par un seul véhicule monospace à l’intérieur duquel un couple dort ;

A cette heure creuse où une bagnole de flics sillonne les quartiers sud de la ville, et poursuit sa ronde jusqu’au terrain vague parking pour les véhicules passant sous la barre de fer. A cause de cet obstacle, les estivants casaniers n'iront à la belle saison échouer dans les parages avec leur haute carriole d'un confort petit et pour pas un sou séjourner à deux pas des flots. La patrouille s'avance sur la bande de terrain. La femme dans son costume fripé conduit. Son collègue regarde au-delà de la vitre baissée, guette, prêt à interpeller les fauteurs de trouble. Ils ont laissé sur le siège arrière leur képi seule pièce manquante de l’uniforme endossé par vocation ou parce qu’il ne leur restait pas d’autre voie. Le véhicule clair arborant les couleurs de la police nationale parcourt lentement les abords des rochers, traverse de larges flaques. Sur la plage, plus loin, ils observent un jeune mec « type méditerranéen » et une blanche qui ont l’air de discuter. Les keufs décident de s'arrêter. Elle sort, s’approche et demande leur identité, fouillant du regard la femme plus âgée que son compagnon. Rien ! Les représentants de l’ordre maugréent un vague « au revoir » et remontent dans la voiture. Ils vont rejoindre la nuit ;

A l’heure où la foule des quartiers grouillant a été rangée à l’intérieur des logements;

A cette heure où les premiers chasseurs ont gagné les collines et les ravines d'où ils pourront surprendre le gibier en fuite;




retour à la page d'accueil http://editionssauvages.blogspot.ch/




Commentaires