Sons d'une ville 4. (fin)

A l’heure où celui qui, dérangé dans son sommeil par le bruit d’une voiture dehors, se rend compte qu’il ne se rendormira pas sans s’être soulagé ;

A l’heure où la plupart des gens ne déploient plus l’activité qui les nourrit, sauf peut-être Jessica qui vient de terminer un client basané alors que Luis rentre chez lui à pieds et qu’elle l’accoste dans l’allée du parc. Lui ne dit pas non, demande du feu et dit qu’il vient de laisser son amie endormie chez ses parents à elle et qu’ils ont baisé toute la soirée. Il lui demande quand même le prix. Il plaisante, à boire, une coupe, une passe, un rail, un joint. Elle dit que s’ils couchent, pour lui ce sera cent. Il répond que si c’était la moitié, il ne dirait pas non. Il n’aime pas marchander. Il le dit. Ils s’entendent à soixante. Ils vont dans sa chambre à elle. Il assure que c’est la première fois qu’il paie. Il veut l’embrasser. Il saisit ses seins, elle commence de le déshabiller, elle s’émeut de voir son corps élancé et sa queue si d…

A corps perdu



Quatre minutes
choc intense
elle, belle
debout, assise
debout
le temps d’un déchainement
sans fin

Les mains blessées
jouent
du fond de son âme
anéantie
tandis que son esprit brûlé
comme libéré survole
les touches, les cordes

Absente, féroce
elle rompt son envolée
ascendante
assise, debout
les pieds qui frappent
les mains qui griffent
elle, partout

Quatre minutes
au bord d’un piano
sur le clavier
meurtrière, victime
déchaînée
giflant la passion
à cran

Magnifique reine
de vengeance et d’oubli
saccagée de l’intérieur
Sa musique déchire
ceux en robe de soirée
en costard cravate
aux aguets

Elle
sapée de nippes
quatre minutes
en totale liberté
d’elle-même et des autres
à caresser les touches
noires, blanches

Frénétique comme ses accords
dissonants
un show
danse éternelle
Schumann sans partition
comme jamais charnelle
concerto
en dérive
dans cette salle ornée
pleine de balcons
et de gens
Quatre minutes vibrante
le temps d’un déchaînement

Virtuose
atteindre la rive
prisonnière
des meurtrissures infligées
par son père
au-delà du décor imparable
d’un concert
à jamais touchante
et violente
de ses poings percutants
les doigts qui vont et virevoltent
à l’orée de la folie

Rythmes scandés
transe
la tête en arrière
cheveux en bataille
martellement des talons
sur le sol ciré
gamme avalée d’un geste

Debout
elle rouvre les yeux
se jette en arrière
transcendée
les mains sur le piano
revient
mélodieuse

Déconcertante
assise, elle se lève
conquérir ce public
bien mis et classique
final haletant
les gouttelettes volent
tout s’arrête

La foule coite abasourdie
le silence 30 secondes
d’abord hallucinée
chaotique, étourdie
elle s’avance sur le devant de la scène
Un premier claquement isolé la porte
puis d’autres mains

Pluie d’applaudissements
elle s’avance encore
ultime révérence
elle a tout donné
celle qui ne plie pas
Ils sont debout
applaudissant

poème inspiré par le film "4 minutes" cliquez ici pour regarder la bande-annonce






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